La manière dont Clint Eastwood s’amuse avec sa propre mythologie est devenue un de ses exercices favoris. A chaque nouveau film, il joue à bidouiller un nouveau pan de son iconographie avec un goût prononcé pour le contre-pied consensuel. Jadis, le macho s’était fait féministe, le pseudo-facho raciste s’était métamorphosé en humaniste, le va-t-en guerre en pacifiste, le méchant en gentil. Avec l’âge et l’expérience, il a même fait en sorte de satisfaire les deux pôles de son public énamouré, ceux qui aiment la manière expéditive de Dirty Harry à régler les problèmes d’intégration des mauvais garçons, mais aussi ceux qui sortent les mouchoirs face aux vicissitudes de l’amour impossible.
Belle gueule. Avec Au-delà, Eastwood poursuit la même entreprise en jouant cette fois avec ses origines sociales. Lui, le gars d'Oakland - pas le meilleur côté de la baie de San Francisco -, ancien ouvrier des chantiers navals comme son père l'avait été pendant la Grande Dépression, raconte sa propre histoire, mais à rebours. Il porte toute son attention et son affection sur George, un médium de San Francisco incarné magistralement par Matt Damon, qui possède un authentique don. Il dialogue sur commande avec les morts. Cette facétie de la nature lui a permis, jadis, de gagner très confortablement sa vie, mais n'est pas dénuée d'effets secondaires, dont celui de le faire sombrer dans une épaisse dépression solitaire. Epuisé de faire le monstre de foire, George a renoncé




