L'accroche d'abord prévue à cet article voulait dire que Fissures est un film qui tombe à pic. Or il ne tombe pas, au contraire : il se lève. Et il se lève à pic, en effet. Il nous vient du Maroc, un pays où la vague des révolutions arabes est pour l'instant amortie, ce qui ne l'empêchera pas de s'infiltrer et s'exprimer sous d'autres formes. Ce n'est pas un film militant, ni même directement politique, mais c'est assurément un film de libération, dont notre perception est fatalement éclairée par l'éclatante lumière de l'actualité arabe. Une libération qui concerne trois personnages, deux hommes et une femme : Abdelsellem qui sort de taule, son meilleur ami Noureddine et la Brésilienne Marcela, en dérive existentielle à Tanger, comme une Jane Bowles destroy du XXIe siècle. Ce ne sont pas de jeunes moineaux mais, au contraire, des adultes bien sonnés et c'est une première bonne surprise de ce film pourtant jeune : il ne joue sur aucun narcissisme ou séduction de la «jeunesse», n'instrumentalise jamais celle-ci en métaphore de tout un pays, mais lui fait tout de même une large place autour de son trio de tête.
Ensemble, ces trois-là vont picoler, danser, s'engueuler, s'embrasser, beaucoup rire, vivre. Ils forment un triangle par nature subversif et infernal, pour lequel la société n'a prévu aucune case. Ils ne tiennent donc que les uns par les autres et leur réunion est aussi la condition d'une synergie : plus ils sont proches, plus ils sont forts et heureux




