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Critique

«La Pecora nera» : L’être timbré

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L’Italien Ascanio Celestini explore les visions fantasques d’un jeune homme interné.

(DR)
Publié le 20/04/2011 à 0h00

A quoi servent les fous ? Et d’abord qui sont-ils ? A ces questions posées de toute éternité, les réponses ont varié selon le prisme qu’offraient les époques, les situations et les sociétés. Les variations sont d’ailleurs si amples parmi ces réponses que l’on a pris l’habitude de les tenir pour des informations plus fiables sur les sociétés elles-mêmes et l’état de leurs mentalités que sur les fous qui les suscitent.

Maintes fois reproduite depuis Michel Foucault, cette démonstration s'exprime avec une force nouvelle et une forme fraîche dans la Pecora nera («le mouton noir»), troisième long métrage du méconnu touche-à-tout italien Ascanio Celestini. Mouton noir, brebis galeuse, vilain canard : la Pecora nera nourrit dans son titre une ambiguïté constitutive et profitable. Une métaphore animale pour dire un rejet humain. Le film suit la vie enfermée, psychiatrisée, ostracisée et pourtant lumineuse comme un miracle, d'un petit Nicola fort troublé, depuis son enfance jusqu'à un âge très adulte, bien que cette catégorisation, dans son cas, soit de peu d'intérêt. Mais la dureté réelle de cette vie, la crise affective grave qu'elle produit sont amorties en permanence par l'enfant lui-même, plus tard l'homme, et par son verbe abondant et suprême, son humour et la narration qu'il donne, off et in, de son existence.

Logorrhée. En accoutrant le réel de ses propres fables, l'enfant Nicola en donne une version codée, construite autour de refrains obsess

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