Voilà dix ans que Thierry Frémaux pilote le Festival de Cannes depuis son cockpit le plus stratégique : la sélection officielle, dont il signe chaque choix. Sa fonction s'exprime en des termes on ne peut plus flous : «délégué général». Autant dire tout et n'importe quoi. C'est exactement ce que fait Frémaux. Tout, parce qu'il est le chef d'orchestre réel et omnipotent de la vaste foire cannoise. N'importe quoi, parce qu'il est sollicité pour des représentations inattendues : lundi soir, par exemple, il arrivait à notre rendez-vous encore tout essoufflé par la rencontre qui oppose chaque année l'équipe de foot parisienne du Festival à celle des locaux…
A quoi aura ressemblé cette décennie ?
Si on veut mesurer la sélection officielle elle-même, je soulignerais trois empreintes particulières : l’accueil plus large qui a été fait ces dix dernières années au documentaire, au cinéma de genre et à l’animation. L’animation, j’ai tenu à ce que Cannes en prenne acte, même si ce n’était pas une spécialité de ma cinéphilie. Pour le documentaire, que Cannes ait été l’enregistreur ou le déclencheur de son développement, ou les deux, il fallait là aussi lui reconnaître la place et l’importance qu’il mérite. Dans le cas du cinéma de genre, autant Cannes a pu prospérer sans trop y faire attention, autant aujourd’hui on ne pourrait pas se permettre de rater le John Woo contemporain, ce serait une faute. Cannes doit donc être aussi la veilleuse pour ce genre de cinéma.
En dix ans, qu’est-ce qui, dans le cinéma, a évolué le plus significativement ?
Les techniques, bien sûr, ont changé. Le numérique, les




