Personne n'accusera Emmanuel Mouret de ne pas suivre son idée, de n'avoir pas une voix singulière. Elle saute ici aux oreilles par la récurrence du mug à café (cinéma modeste) et des motifs de tapisserie XVIIIe siècle (Marivaux). On dirait un film choral, ce n'en est pas un. Il y a d'abord des fragments de désir et de frustration, des histoires exemplaires très brèves qui flottent à la surface d'un chaos coloré, des moralités enluminées et douces, illustrée d'intertitres du genre «Il ne faut pas refuser ce qu'on nous donne» ou «Patience».
On serait assez content que cela dure comme ça, des mini-sketchs qui, à la fin, composeraient par touches un essai sur le cœur humain. Mais vers le tiers, un fil(m) principal se noue, avec une actrice formidable (Julie Depardieu) et une autre moins : Judith Godrèche, dont le jeu demanderait un coup d’égaliseur, et dont la discordance finit par recouvrir l’intérêt qu’on porte aux chassés-croisés.
Tous les couples présents sur l'affiche s'affrontent à la déliaison de l'amour et du désir. En général, ils avouent un jour à leur partenaire qu'ils ont envie d'aller voir ailleurs. Celui-ci ou celle-ci se montre compréhensif. Du coup, muni d'une permission, c'est évidemment pire. On cherche à minorer la portée de l'acte sexuel («un massage qui ne se fait pas qu'avec les mains»), on tente de déjouer les inhibitions de l'amant : «J'ai l'impression d'être un feu rouge. Vous me regardez comme si vous attendiez qu




