Le président n’a pas souhaité descendre au Carlton, comme le veut la tradition. Il a préféré le Gray d’Albion, situé en retrait de la Croisette, donc mieux abrité de l’agitation festivalière. Pour les mêmes motifs de discrétion, Nanni Moretti a demandé à faire cette interview dans une suite du dernier étage, ouverte en face de sa chambre, plutôt qu’au bar de l’hôtel : il ne veut pas accorder d’autres entretiens, s’exhiber risquerait de donner de mauvaises idées… C’est son côté Garbo sans caprice : Moretti ne joue pas les divas en mal d’incognito, il donne simplement le sentiment d’être très soucieux des conditions dans lesquelles il évolue. Il a besoin de calme et de concentration, cherche très longuement ses formules et ses mots.
Cette position de président du jury sera-t-elle l’occasion d’un bilan personnel (même provisoire) de votre rapport au cinéma ?
J'ai toujours beaucoup de mal à m'exprimer sur ces choses-là, parce que je change régulièrement d'avis et que je me trompe souvent quand je réfléchis. Alors j'ai peur de tromper les autres. Ce qui a le plus changé par rapport au cinéphile que j'étais dans ma jeunesse, c'est l'influence de mon travail sur ma qualité de spectateur, et vice versa. Parfois, j'ai agi par contraste : Palombella rossa a été conçu en réaction contre un certain cinéma d'auteur italien des années 80, dont l'objectif était de revenir à une meilleure maîtrise du récit et du scénario. Cette ambition était juste, mais elle se traduisait dans des formes trop traditionnelles à mon goût. Avec ce film, je tentais de raconter les choses de manière très différente. Mon expérienc




