Avec sa soirée de clôture, la 51e Semaine de la critique a prouvé que, même dans un festival comme Cannes, la sélection des œuvres n'est pas tout : il faut aussi savoir les programmer. En accouplant le court métrage de Tsai Ming-liang, Walker à celui de João Pedro Rodrigues, Manhã de Santo António, la Semaine a tout bonnement conçu le meilleur «programme» du festival, son mix le plus mélodieux, son fondu enchaîné le plus cohérent. C'est peu dire que ces deux films, pourtant manigancés chacun dans leur coin, se répondent ou se font écho. Ils prennent tous deux une très simple et pure figure de style, puis la font rouler comme une bille, dans tous les sens, sous toutes les coutures et jusqu'à son épuisement.
Mutisme parfait. Chez Tsai, cette figure est solitaire : un moine bouddhiste dans sa toge safran se déplace au ralenti dans Hongkong agité. Chez Rodrigues elle est multiple : des fêtards livides, muets, éparpillés, errent, à l'aube, dans les rues Lisbonne encore endormie, au lendemain de la cuite sociale et rituelle qui accompagne les festivités de saint Antoine. On pourrait décrire avec pratiquement les mêmes termes certains caractères de chacun des films : le mutisme parfait des personnages, l'errance urbaine moderne, la bande-son à la fois réaliste dans sa rumeur citadine et sophistiquée dans ses balances, la puissance et la patience du cadrage, la passion folle de l'observation perçante, soutenue, savante, et enfin la durée,




