[Alain Resnais est mort samedi 1er mars 2014. (Re)lisez cette interview publiée en 2012 dans Libération.]
L'élégance un peu stricte mais irréprochable, la crinière soignée, l'œil parmi les plus malins, pétillants et frais qu'il nous ait été donné de voir, Alain Resnais, 90 ans cet été et toujours dopé au café («Au moins cinq par jour, m'a dit mon cardiologue !»), s'est attablé dans un petit salon du Claridge ouvert à cet effet et a tenu à faire cette déclaration liminaire : «Je vais commencer par une confession : j'ai l'impression que mes deux mains tirent chacun de mes lobes du cerveau, comme s'ils étaient en caoutchouc. Un lobe pourVous n'avez encore rien vu, que j'ai fini à Noël dernier, ce qui est loin pour moi, et un lobe déjà entièrement tourné vers le prochain film, celui que je prépare en ce moment pour mon producteur Jean-Louis Livi, qui attend une version de scénario qui tienne en 1 h 40. Alors, c'est un peu compliqué…» Coquetterie ? Allons-y quand même.
Comment raconteriez-vous votre film, Vous n’avez encore rien vu, à quelqu’un qui justement n’en saurait rien ?
Ah, bonne question, comme on dit pour gagner du temps… J'ai, depuis toujours, remarqué cette chose assez comique : si on demande à l'auteur d'un scénario original d'en faire un résumé qui tienne sur une carte postale, il n'y arrive jamais. Vraiment jamais. Même Marguerite Duras ou Jean Gruault en ont toujours été incapables. Je revois notamment Duras, qui n'avait pourtant ni son stylo ni sa langue dans sa poche, caler complètement quand il lui a fallu résumer Hiroshima mon amour. D




