Deux palmes d'or coup sur coup, un Trintignant qui raconte partout qu'il est le plus grand cinéaste avec qui il a tourné, un livre d'entretiens au long cours (publié chez Stock) permettant de mesurer l'ampleur du chemin parcouru et de l'œuvre déjà accomplie… Michael Haneke peut commencer à avoir les chevilles qui enflent. Mais, comme déjà à l'époque du Ruban blanc et en dépit des préventions qui entourent cet homme à la réputation ombrageuse, Haneke apparaît détendu, incisif, drôle et pas prêt à pratiquer la langue de bois promo.
Amour puise, croit-on savoir, dans une expérience autobiographique. Pouvez-vous nous préciser laquelle ?
J'ai grandi chez une tante que j'adorais, c'est elle qui m'a élevé. Elle a eu un cancer à 80 ans, et c'était insupportable parce qu'une personne que vous aimez souffre et vous ne pouvez absolument rien faire. Je n'avais jamais ressenti une telle douleur dans ma vie auparavant. On est enragé contre tout. Elle a été guérie mais à 93 ans, elle a voulu se suicider. Je l'ai trouvé évanouie. J'ai appelé les secours et quand elle s'est réveillée à l'hôpital, elle m'a demandée : «Pourquoi tu as fait ça ?» Elle était en colère contre moi. Deux ans plus tard, alors que j'étais dans un festival, elle s'est suicidée à nouveau et elle est morte à ce moment-là. Bon, je n'ai pas eu envie d'écrire un scénario là-dessus à ce moment-là bien entendu, mais, un jour, les années passant, on a une idée, même pas une idée, un sentiment que l'on veut essayer d'exprimer.
On a un peu l’impression que c’est la première fois que vous impliquez aussi franchement un sentiment personnel dans un de vos films…
Mes films, ça part toujours de quelque chose qui m'énerve, qui me fait enrager. Mais, à v




