Le monde de la bande originale de film se divise en trois catégories : celles qui ne font que compiler des tubes déjà épuisés, celles qui tartinent des violons quoi qu’il se passe, et celles de Quentin Tarantino.
Depuis Reservoir Dogs en 1992, le spectateur va voir ses films comme il se promène à vue dans le maelstrom de YouTube. Tarantino, aussi à l'aise avec la funk des années 60 qu'avec le rap des années 2000, a dans ce sens préfiguré deux mouvements centraux des vingt dernières années en matière musicale : la mise sur le même plan temporel de toutes les époques, accessibles en ligne par le même nombre de clics, mais aussi la frénésie des rééditions, qui transforme la moindre chute de studio en curiosité potentielle.
Dans Reservoir Dogs, on s'est ainsi retrouvés scotchés par Stuck in the Middle With You, inoffensive pop-song des Stealers Wheel sortie en 1972 choisie pour ambiancer une éreintante scène de torture au rasoir. Même opération de sauvetage de musiciens oubliés dans Pulp Fiction et Jackie Brown, qui subliment The Delfonics comme Dick Dale.
Surcouche. Puis les deux Kill Bill et Inglourious Basterds sont venus compliquer les choses : les enchaînements de leur playlist ne sont plus seulement stylistiques, mais procèdent de l'association d'idées. Dans sa fresque japonaise, Tarantino entremêle les références graphiques et musicales dans un mix savant : le velouté Bang Bang de Nancy




