Un bon documentaire, c'est de la politique en marche. Pas au sens tract ni même discours du mot politique, mais au sens de pensée vivante, biologique et en mouvement, comme lorsqu'on voit une graine germer et que bientôt tout un feuillage se développe. Entrée du personnel est un film comme ça : il plante un germe, et une forêt de conséquences politiques en découle.
Le germe, c'est le geste qui décide d'enquêter sur le personnel des abattoirs en France au XXIe siècle. C'est a priori le seul programme du documentaire de Manuela Frésil, et il n'est même pas fondé sur l'idée préalable de défendre la cause des animaux ou d'épouser celle des végétariens. Ce qui intéresse la cinéaste, ce sont les gens qui travaillent là, ceux qui étripent les poulets, égorgent les cochons, abattent les vaches, désossent le tout.
Protégés. Parce qu'elle a dû composer avec les contraintes, notamment les difficultés d'accès aux espaces les mieux protégés, Manuela Frésil trouve d'élégantes solutions de montage et de mise en scène, même si le terme peut paraître inadéquat pour un documentaire, lui permettant de parfaitement approfondir son sujet : ces hommes et femmes qui accomplissent chaque jour une tâche que beaucoup d'entre nous placeraient au sommet des métiers que l'on ne souhaite pas faire. Une cinquantaine de ces ouvriers et ouvrières témoignent hors-champ dans une langue dont ils partagent les codes. Parfois, ils reproduisent à l'image, ho




