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Cannes

Sorrentino jette un homme à l’amer

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Festival de Cannes 2013dossier
Ruines. L’Italien rend un hommage nostalgique et réac à l’âge d’or du cinéma national.
publié le 21 mai 2013 à 21h46
(mis à jour le 22 mai 2013 à 10h11)

Pour tout festivalier, ne pas connaître le cinéma de Paolo Sorrentino relève d'une preuve flagrante d'absentéisme. Pour la cinquième fois (en neuf éditions), le cinéaste italien a été retenu en compétition, cette fois avec la lourde charge de représenter le cinéma transalpin contemporain, spectre décharné de ce qu'il fut jadis. C'est précisément le sujet central de la Grande Bellezza, hommage explicite aux années fastes, aux folies démesurées et aux salles remplies jusqu'aux strapontins de la Péninsule.

Pour cela, Sorrentino a non seulement convoqué les grands anciens, surtout Fellini et Scola, et inventé un personnage central sur mesure pour son acteur fétiche, Toni Servillo. Pour faire court, il incarne ce qu'aurait pu devenir le Marcello de la Dolce Vita, désormais un vieux dandy tiré à quatre épingles, riche à ne plus avoir besoin de compter, écrivain manqué qui gaspille son intelligence à écrire dans des articles vipérins dans un magazine à la mode. Tandis que, peu à peu, la mort et la désertion des derniers proches encercle cette allégorie du cynisme, il ressasse inlassablement un monde englouti que la Rome contemporaine fait semblant de perpétuer à coups de fêtes bidons et de dîners faussement huppés.

Si le projet de Sorrentino est construit intégralement sur une nostalgie qu’on imagine douloureuse, l’usage qu’il en fait est trop inégal pour donner au film une architecture séduisante. D’un effet manqué par trop de grandiloquence (l’irruption d’une gira