Grigris est un surnom, porte-bonheur propice pour un jeune homme de N’Djamena qui en effet a fait du handicap de sa jambe gauche foutue, molle et folle, une chance : le soir dans les bars de la ville, Grigris danse en attraction solo pour quelques billets de banque. Et sa jambe de caoutchouc est comme un instrument de sa souplesse, l’ambassadrice de son corps empêché. Car Grigris danse comme on s’envole. Pirouette humaine, tout de grâce légère.
Derviches. Le film du Tchadien Mahamat-Saleh Haroun s'ouvre sur ce spectacle qui paraît comme une gigue mondiale qui aurait marié la ronde des derviches tourneurs, le moonwalk de Michael Jackson, le voguing des «houses» new-yorkaises, la geste de Pina Bausch et la Fièvre du samedi soir. Sidérant, vraiment, à se demander ce que nous autres aux bonnes jambes nous faisons avec nos corps podagres. L'acteur Souleymane Deme, lui-même danseur et musicien, n'y est pas pour rien. Son petit corps malade est un atelier de muscles inconnus, de tensions inédites, de mouvements intempestifs. Comme s'il libérait l'oiseau encagé dans son corps, comme s'il inventait un corps d'avant le corps, dégagé de l'organisme. Mais la danse ici n'est pas seulement une exhibition publique, elle est aussi une manifestation de la pensée qui vagabonde dans Grigris. Pensée mélancolique sur cet oiseau de nuit qui se réveille dans la maison de ses parents, entre sa maman blanchisseuse qui le rappelle à la prière mus




