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critique

«Fifi», pinceau-sans-rire

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Docu . Sur les traces d’un peintre iranien en exil, à l’œuvre autodétruite.

La réalisatrice pugnace Mitra Farahani et l'artiste Bahman Mohassess, qui vit alors dans une chambre d'hôtel à Rome. (Photo DR )
Publié le 01/10/2013 à 19h16

Au départ c’est le film d’une réalisatrice, Mitra Farahani, qui rêvait de faire le portrait de Bahman Mohassess, peintre et sculpteur iranien majeur disparu de la circulation à la fin des années 60, après avoir été en butte à la censure du régime du chah puis celle de la République islamique. Elle l’a cherché trois ans. Il vivait dans une chambre d’hôtel à Rome et les quelques amis conservés avaient ordre de faire barrage, ne rien dire. Mais à chaque fois qu’elle tombait sur un tableau de lui, elle se souvenait que c’était le seul film qu’elle voulait vraiment faire. Alors elle a fini par le trouver et l’a convaincu d’accepter.

Violoncelle. C'est là que Fifi hurle de joie devient un objet très particulier. Le peintre se montre d'abord rétif, dubitatif, pas convaincu du tout, dit-il, de l'intérêt d'un tel projet de portrait. Pourtant, son corps dit le contraire, capte l'image, fascine par ses gestes de vieillard précieux et familier, gainsbourien, cette façon de fumer en aspirant l'interlocuteur du regard, cette voix caverneuse et un rire asthmatique, sardonique. Il veut savoir ce qu'elle va faire, comment débutera son film, quelle en sera la structure. Elle accepte de lui confier le dispositif, mais pendant que l'image montre le vieil homme attentif, soudain intéressé, un violoncelle devient l'interlocuteur en lieu et place de la cinéaste. Elle a choisi son camp, elle sera complice avec son sujet. Plutôt que de s'imposer dans le

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