Le succès de Gravity depuis sa sortie, il y a trois semaines aux Etats-Unis, est une bonne nouvelle pour ceux qui se réjouissent qu'il n'y ait pas d'incompatibilité fatale entre film d'auteur (assurément Gravity en est un) et film très grand public. Un triomphe d'autant plus sidérant que Gravity prend à revers les arcanes du film «à faire sauter le quartier» (en hollywoodien : blockbuster). Pas de poursuites en bagnoles, aucune destruction massive, pas la queue d'un Noir gay de gauche et surtout aucun superhéros capable d'empapaouter les aliens (et sauver l'Amérique) par le seul pouvoir de son hyper regard. La systématicité de ce contre-emploi peut être évidemment lue comme une nouvelle machination de la machine hollywoodienne qui, comme toute entreprise capitaliste, n'avance et ne vainc qu'en se détraquant. Mais il y a dans Gravity une autre passion qui fédère au-delà de l'économie de marché. Plutôt que l'horreur du vide, l'angoisse du trop plein qui est notre lot commun de Terriens de plus en plus à l'étroit sur une planète en voie de surpopulation. La leçon funèbre de Gravity, c'est que, sur Terre comme au ciel, l'espace est saturé et que ça fait très mal de s'y déplacer. Qui plus est sans l'ombre d'un out of space, d'un ailleurs réparateur. «La nature ne fait pas de saut.» La formule de Leibniz peut servir de sous-titre à Gravity où, comme chez le philosophe, prolongé par les théoriciens de
EDITORIAL
Trop plein
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Publié le 21/10/2013 à 21h36
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