En quatre histoires successives, A Touch of Sin raconte tout un pays, et pas le moindre : la Chine contemporaine, laborieuse, brutale, immensément riche et pauvre, injuste, violente, en plein zèle capitaliste et déjà décadente.
La peinture froide, réaliste et extrêmement déterminée que fait de son pays Jia Zhangke, sans doute le plus grand cinéaste chinois en activité, forme en soi un geste qui donne à tout le film une tension redoutable et nous fait frémir : on tremble un peu à la place du cinéaste qui, lui, ne démontre que son courage, sa ruse parfois, et avance comme une lame.
Les quatre histoires écrites par Jia ont été extrapolées à partir de faits divers authentiques, prélevés sur les réseaux sociaux chinois, qui représentent un précieux canal d'air frais dans un environnement médiatique par ailleurs ultraverrouillé - et que le réalisateur déclare beaucoup fréquenter. Ces histoires nous montrent toutes un même processus : comment des individus, broyés par le système, en arrivent à lâcher prise, à massacrer, à fuir ou à mourir (lire page IV).
Liasses. Dans le premier volet, un mineur, rendu fou par la corruption des élites de son village et par la complaisance soumise de la population, dessoude cinq de ses concitoyens. L'histoire suivante s'attache au portrait d'un motard, charismatique lone rider qui gagne tout seul ses galons de brillant voleur et d'assassin. Dans la troisième, une hôtesse d'accueil, humili




