Grace de Monaco ? Yves Saint Laurent ? Et pourquoi pas Joseph Mallord William Turner ? Cannes le démontre encore une fois : le biopic est indémodable, survit aux modes comme aux genres concurrents. Le biopic comporte un sous-genre intéressant : la bio de peintre, illustrée notamment par le Caravaggio de Jarman, les Van Gogh de Minelli ou Pialat, voire le Moulin Rouge de Huston, biopic masqué de Toulouse-Lautrec. Entre les mains et les yeux d'un cinéaste, la vie d'un peintre prend presque nécessairement une dimension d'autoportrait, même s'il ne faut pas y chercher une équivalence de valeur qui serait vaniteuse. Le fait est que la figure d'un peintre d'hier est celle qui ressemble le plus à la figure de certains cinéastes d'aujourd'hui et, en la mettant en scène, un réalisateur ne peut manquer de mettre la sienne à l'épreuve… surtout lorsqu'il en a écrit le scénario, comme c'est le cas avec le Mr. Turner de Mike Leigh.
Monstre gentil. C'est d'ailleurs les vingt-cinq dernières années du peintre jusqu'à sa mort, à 75 ans, que Leigh, 71 printemps, a choisi d'évoquer. Il peint un Turner en lequel on aime croire : un monstre gentil, ogre de proximité, bourru comme un ours, carapaçonné comme un rhinocéros et parfois lubrique comme un cochon. Son physique épais, la rusticité qu'il cultive à tous égards contrastent avec l'immatérialité surnaturelle de ses toiles, auxquelles Leigh ne se mesure jamais. Le film ban




