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CANNES

«Sommeil d'hiver» : appétit d’aigre pour Ceylan

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Le cinéaste turc à la croisée de Tchekhov et de Bergman.

Melisa Sözen. (Photo Nuri Bilge Ceylan)
Publié le 18/05/2014 à 19h46

C’est un piège que tend Nuri Bilge Ceylan, magnifique en termes d’esthétique et de perfection du mécanisme. Une fois l’œil accroché par ce concentré de comédie humaine, c’est l’esprit tout entier qui passe dans la machine à désosser les faux-semblants et les désillusions.

Veules. Ceylan a coincé une demi-douzaine de personnages dans une géographie qui les contraint à cohabiter et à mettre à nu leurs contradictions. Aydin, ex-comédien et riche propriétaire, s'est retiré dans la demeure familiale d'Anatolie transformée en hôtel pour écrire une histoire du théâtre turc que personne ne lira sauf, peut-être, sa sœur, intello consumée par l'ennui qui a fui les conséquences d'un divorce désastreux. Il y a aussi Nihal, l'épouse d'Aydin qui, en dame patronnesse moderne, s'agite pour mener ses actions humanitaires, dépensant l'argent qu'amasse son mari avec une coupable indifférence. Amis flagorneurs, domestiques serviles, locataires veules ou révoltés complètent ce corpus des vanités où - sous les convenances d'un monde qui relève autant d'une féodalité que chacun feint d'oublier que de manières onctueuses de la bonne société - affleurent la nécrose et l'aigreur de ces vies gaspillées à faire semblant d'être quelqu'un d'autre.

Acides. La parenté avec le théâtre de Tchekhov et le cinéma de Bergman sont d'autant plus flagrants ici que Ceylan s'est poussé dans ses derniers retranchements pour mettre en scène des d

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