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Critique

«3 Cœurs», le triangle d’art

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Poelvoorde-Gainsbourg-Mastroianni dans une intrigue amoureuse mélancolique.

Charlotte Gainsbourg, belle comme un cœur. (Photo Thierry Valletoux)
Publié le 16/09/2014 à 20h56

Un homme tombe amoureux d’une femme, et réciproquement. Une passion forte devrait en découler. Mais le jeu de l’amour est interrompu par un hasard idiot. L’homme rate la femme qui disparaît. L’homme part à la recherche de la femme et en trouve une autre qui ne lui ressemble pas, bien qu’elle soit sa sœur. Il aime cette nouvelle femme, l’épouse, change de vie. Nous autres, voyeurs du film, vivrons dans le suspense que le quiproquo soit révélé et dans l’imagination des conséquences.

Cette intrigue, on la lirait sans peine dans une tragédie de Racine, on l'écouterait ravi dans un opéra italien, on la verrait les larmes aux yeux dans un film de Leo McCarey, on la suivrait comme un feuilleton télé, les personnages principaux ayant des prénoms de sitcom (Sylvie, Marc et Sophie). Trois Cœurs, de Benoît Jacquot, nous fait alternativement chacun de ces effets : méli-mélodrame, sociologie d'un milieu (la bourgeoisie de province), roman de genre, voire de gare, les trains ratés et les allers-retours Paris-Lyon y ayant une certaine importance. Entre Duras, pour sa simplicité au couteau quand la voix off de Jacquot dit le temps qui passe, et Truffaut, pour sa part funèbre sous le masque du marivaudage.

Le tout circulant sur le principe d’une démocratie triangulaire, manège à trois où chaque personnage quitte son angle pour camper au centre. Apparemment obsédé de l’homme (Benoît Poelvoorde, évidement sensationnel) et de ses peines de cœur qui ne sont pas qu’une abstraction (la crise

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