A l’origine
«Stromboli» avec Ingrid Bergman. Photo DR
L’île, comme son nom l’indique, est le lieu de l’isolation, pas forcément thermique. On n’est donc pas obligé d’être une île pour fonctionner comme une île. N’importe quoi de clos mais ouvert sur le reste du monde - qu’on ignore ou qui vous ignore - suffit. Par exemple, un radeau. Même un banc ou un lit peuvent être une île. Pour les héros de l’Antiquité, l’île est enchantée, peuplée de monstres. C’est un lieu de métamorphoses. Il en reste quelque chose dans la Tempête (1611) de Shakespeare avec le magicien Prospero. Mais comme on y tourne en rond, qu’on s’y ennuie face à soi-même ou entre soi, c’est aussi un lieu d’épreuve d’où peut jaillir la vérité sur la saleté humaine. C’est vrai dans la Tempête ; ça l’était déjà en 409 av. J.-C. dans le Philoctète de Sophocle, où le héros, abandonné par Ulysse sur une île, se rend compte que l’amitié des garçons n’est plus ce qu’elle était : on lui a menti pour lui soutirer des armes magiques.
Cette veine de l’île comme jeu de la vérité où «faux × faux = vrai» va nourrir toute une partie du cinéma moderne. C’est le thème de la rédemption : d’Ingrid Bergman se découvrant elle-même et Dieu dans Stromboli (1950) de Rossellini, jusqu’à la purification du Sacrifice (1986) de Tarkovski. Pas très loin de l’idée de vérité, il y a l’origine. Au XVIIIe siècle, étant passée par la phase utopique, l’île est plutôt un refuge loin des vilains humains. Rousseau se retire sur l’île Saint-Pierre du lac de Bienne,




