Menu
Libération
Critique

«National Gallery», musée interplanétaire

Réservé aux abonnés

A plus de 80 ans, Frederick Wiseman, le maître de l’infiltration, s’est immergé douze semaines dans la «National Gallery».

A la National Gallery, à Trafalgar Square, à Londres. (Photo Sophie Dulac Distribution)
Publié le 07/10/2014 à 17h16

A quoi sert la peinture classique depuis que sont apparus cinéma et photographie ? A rien, si l'on restreint les images à leur fonction illustrative, caméras ou appareils étant supposés saisir davantage la réalité qu'un peintre à son chevalet. A tout le reste, si, à l'inverse, on considère le cadre d'un tableau comme une fenêtre vers un ailleurs intellectuel ou rêvé. Cette tension entre image filmée et peinture traverse les trois heures de National Gallery, documentaire de l'Américain Frederick Wiseman, 84 ans. Au cours de cette immersion de douze semaines dans le musée londonien, le réalisateur, maître de l'infiltration - en une quarantaine de longs métrages, il a décrit des tribunaux, prisons, salles de boxe, agences de mannequins ou zoo -, filme autant les tableaux que les discours qui les entourent. A l'image de la séquence d'ouverture, où, face à un triptyque religieux, une guide invite un groupe de retraités à s'imaginer, non pas dans une salle de la National Gallery, mais au milieu d'une église de la Renaissance, illuminée par des bougies, et peuplée d'analphabètes crédules. Ou encore, plus tard dans le film, de la description du portrait de Christine du Danemark, peint par Hans Holbein le Jeune en 1838 pour Henri VIII afin que le monarque puisse juger de la beauté de la jeune femme, dans le but éventuel de l'épouser.

Gros plans. Dans les couloirs de la National Gallery, Wiseman ne rend pas seulement compte de l'histoire d

Pour aller plus loin :

Dans la même rubrique