«Nul sinon Fassbinder n'a autant travaillé à une imagerie encore possible de l'Allemagne», écrivait Serge Daney (1). Cette dernière lui rend un vibrant hommage dans une exposition à la cinémathèque de Francfort, avant de transiter début mai par le musée berlinois du Martin-Gropius-Bau, où l'on annonce un examen complet de «l'enfant terrible de l'Allemagne de l'Ouest».
Cette entreprise de réhabilitation témoigne d'une récente redécouverte, après des années de relative désaffection, du nouveau cinéma allemand des seventies, dont Rainer Werner Fassbinder (à droite sur la photo, en 1971) reste l'incarnation la plus furibarde. L'accrochage consacré à sa production théâtrale, cinématographique et télévisuelle exhume des archives à feuilleter, manuscrits, lettres, scénarios et autres plans de tournage présentant l'habitus du cinéaste au travail. Pour satisfaire les fétichistes, des enregistrements oraux de notes préparatoires à son grand œuvre, Berlin Alexanderplatz, sont mis à disposition avec des créations de sa costumière attitrée, Barbara Baum, à qui l'on doit la robe incendiaire de Lili Marleen (1980).
Cette auscultation d'un présent encore traversé par l'œuvre du cinéaste, lequel, s'il n'était disparu en 1982, aurait fêté ses 70 printemps le 31 mai, est complétée par une mise en regard d'artistes contemporains (le vidéaste Tom Geens, le photographe Jeff Wall…). Ce grand raout mobilise aussi des projections à la Haus der Berliner Festspiele (Baal, 1969, de Volker Schlöndorff avec Fassbinder en chien fou) et la salle du Theatertreffen, où se tiendront un hommage musical de son interprète Hanna Schygulla et un très sérieux symposium universitaire, qui aurait fait ricaner le principal intéressé.
(1) «La Maison cinéma et le monde», (t. 3) P.O.L




