Le curé de campagne est une présence qui fut d’abord bien réelle, un pivot du tissu social, et qui ensuite devint une image. De fiction principalement, littérature comme cinéma s’étant attachés à la figure de l’homme seul, lettré, vêtu de noir, guidant ses ouailles champêtres.
Dans Fou d'amour, le pari de Philippe Ramos est de confronter une atmosphère que l'on associe aujourd'hui à Bresson ou Bernanos, à un fait divers aujourd'hui oublié : l'affaire du curé d'Uruffe qui défraya la chronique dans la France des années 50, quand le prêtre Guy Desnoyers assassina sa jeune maîtresse enceinte et l'éventra. L'ecclésiastique meurt en 2010, après vingt-deux ans de détention et une retraite dans une abbaye.
Ramos a réécrit le verdict, s'inspirant des grandes lignes de l'affaire. Son Fou d'amour est un flash-back au cours duquel la tête du curé (Melvil Poupaud), à peine guillotinée, raconte son histoire.
On se retrouve donc dans une campagne idyllique où un jeune homme d’église vient prendre en charge une paroisse. Il est beau, ardent, et va vite accumuler les maîtresses. Il couche avec tout l’éventail social de sa paroisse, de l’aristocrate à la misérable paysanne. Une adolescente aveugle de 15 ans tombe enceinte, et il la tue.
Le plus frappant ici est la légèreté avec laquelle Ramos filme son personnage vaniteux qui abuse des femmes. On n’est jamais dans la reconstitution historique, ni dans l’analyse psychologique d’un homme qui veut se débarrasser de la chasuble et assumer ses désirs de chair.
Dans sa note d'intention, Ramos dit : «Il s'est donc agi de placer le film sous un ton léger, voire humoristique, avant de changer progressivement les couleurs par petites touches pour créer une sorte de dégradé d'atmosphère et de sentiments jusqu'à un noir intense et tragique.» Le problème est que cette gradation se fait avec trop de maladresse, que la mise en scène ne laisse jamais à ses acteurs le loisir de se dépêtrer de leurs rôles, fixés dès le départ. Et que le cabotinage du curé n'est jamais sondé avec la finesse nécessaire à sa complexité.
«Fou d'amour» de Philippe Ramos avec Melvil Poupaud, Dominique Blanc, Diane Rouxel… 1h47.




