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Libération
Cohabitation

L’abhorration d’héberger

Des Parisiens aisés sont sommés d’accueillir des SDF en plein hiver. Clichés à tous les étages.

Karin Viard et Valérie Bonneton, deux Parisiennes aux prises avec des SDF lors d'un hiver glacial. (Photo Thierry Valletoux)
Publié le 22/12/2015 à 18h31

Voici une comédie sociale sur la crise du logement où, lors d'un hiver glacial, un gouvernement de gauche instaure l'hébergement d'urgence des précaires en difficulté chez des particuliers, en fonction de la taille des appartements. Le Grand Partage suit ainsi le quotidien d'un immeuble cossu du VIe arrondissement de Paris où cohabitent conservateurs bilieux et bobos insouciants. Les Dubreuil, couple réac formé par Didier Bourdon et Karin Viard étranglée par ses colliers à perles, fulminent en croisant dans l'escalier leurs homologues bohèmes, les Bretzel, soit Valérie Bonneton et Michel Vuillermoz en écrivain à domicile. La promulgation du décret met dans l'embarras tous les propriétaires, forcés d'accueillir sous leur toit d'odieux étrangers, des chômeurs, voire des SDF, et de composer avec leur mauvaise conscience (les lecteurs les plus assidus de Libé sont égratignés au passage).

La cinéaste Alexandra Leclère (Maman, le Prix à payer) patauge ici dans la caricature vacharde jusqu'à la lie : ainsi, la gardienne acariâtre jouée par Josiane Balasko s'enorgueillit d'un chat appelé Jean-Marie, visionne en boucle des émissions sur le Ku Klux Klan et la sonnerie de son téléphone entonne Maréchal, nous voilà. Cette démonstration par l'absurde sur la difficulté à instaurer le vivre-ensemble, sans doute bienveillante dans ses intentions, n'échappe pas à des dommages collatéraux, à la manière dont Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ? se satisfaisait du constat selon lequel on est tous un peu raciste.

Le Grand Partage se fourvoie dans un contresens aussi moralisateur que consternant : non seulement les nécessiteux en question ne sont que des figures traversant le film sans jamais exister, mais le scénario renforce in fine les stéréotypes qu'il prétend dénoncer, puisque certains sans-logis sont sans-gêne, les chômeurs paresseux, le couple juif formé par Anémone et Jacky Berroyer est pingre et vit dans un appartement obstrué, et l'ouvrier d'Europe de l'Est est voleur. Si le film se rattrape in extremis en communiant dans une grand-messe fraternelle, on se demande tout de même si cette histoire de mal logés n'était qu'un prétexte à une comédie du remariage, puisqu'à fréquenter les miséreux, tous ces affreux jojos se sentent enfin revivre. Rien de tel qu'un sans-abri dans le salon pour retrouver sa libido ?

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