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Libération
Storytelling

«Gaz de France», usine à nazes

Benoît Forgeard plante une farce politique au tempo bancal dans les sous-sols de l’Elysée.

Philippe Katerine. (Photo Shellac)
Publié le 12/01/2016 à 18h21

Philippe Katerine en président de la République, dans un futur proche, élu sur la force d'une chanson (la Rigueur en chantant), qui plonge aussi sec dans les sondages et aggrave son cas dans une émission donnant la parole aux Françaises, à qui il ne sait que répondre en fredonnant «je ne sais pas» ? C'était soit un excellent début de scénario, soit une fausse bonne idée de stoner à laquelle quelqu'un, un producteur par exemple, aurait dû mettre le holà une fois le trip terminé. A voir Gaz de France, premier «vrai» long métrage de Benoît Forgeard après Réussir sa vie (2011), qui était composé de trois courts dont la Course nue, on a peur de pencher pour la seconde option. Certes, l'idée d'un conseiller de com (l'onctueux Olivier Rabourdin) convoquant un échantillon de Français nazes («vous ne ressemblez à rien, et c'est ce qui me plaît») pour élaborer un storytelling politique qui inverserait la vapeur a quelque chose de réjouissant, tout comme le décor, constitué de sous-sols successifs de l'Elysée, où croupissent des milliers de Marianne en plâtre. Mais le film devient rapidement, à son corps défendant, une démonstration que le timing est la clé de tout comique, et s'il est parfois nécessaire de laisser un temps de latence après les gags - pour que les esprits simples comme le nôtre les décodent, voire simplement pour accentuer très drôlement la nullité de la cohorte de nazes qui se donne de l'importance - la technique fonctionne le plus souvent à contre-courant, nous laissant, entre deux temps morts, nous enfoncer dans de profonds trous d'ennui.

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