Les faits racontés dans Hostages représentent pour beaucoup de Géorgiens un traumatisme national qui est encore l'objet de controverses. Le 18 novembre 1983, sept jeunes gens issus de l'intelligentsia soviétique détournent un avion dans l'espoir de quitter définitivement la Géorgie, alors République intégrée à l'URSS, pour rejoindre l'Occident. Mais ils accumulent les erreurs et après un retour chaotique à Tbilissi suivi d'une prise d'otages, l'avion est pris d'assaut par l'armée dans un échange de coups de feu qui fera huit morts, dont des membres de l'équipage. Les survivants de la bande, à l'exception d'une femme, seront condamnés à mort puis enterrés dans un lieu encore méconnu aujourd'hui.
Après la dissolution de l’URSS, ceux qu’Edouard Chevardnadze considéra comme des terroristes irrécupérables ont parfois été élevés au rang de martyrs d’un régime liberticide. Ce n’est pas la position du réalisateur Rezo Gigineishvili, qui garde ses distances en collant à l’enchaînement des faits. Il serait cependant injuste de lui reprocher, comme certains l’ont fait, de ne pas se risquer à prendre parti. Il montre bien que les balles militaires furent au moins aussi meurtrières que celles des pirates de l’air, que rien ne fut vraiment tenté par les autorités pour parvenir à une issue moins violente, et que le procès fut totalement expéditif. Mais il ne cache pas pour autant la part de naïveté, et même de bêtise, de ces fils de bonnes familles qui rêvent de l’Occident au point de prendre les armes pour l’atteindre.
C’est ce qui peut dérouter dans ce film-dossier : cette histoire n’est ni édifiante ni romantique, elle ne démontre rien, elle reste irrécupérable d’un côté comme de l’autre car elle ne raconte au fond que le gâchis d’une jeunesse perdue dans une société absurde. Finalement, la meilleure partie est celle qui précède l’attentat, montrant ces jeunes gens bravant des interdits aujourd’hui dérisoires, en fumant des cigarettes américaines, en écoutant les Beatles ou en se rendant à l’église orthodoxe. Règne alors une atmosphère fébrile et paranoïaque qui rend bien compte du malaise de l’époque. Toutefois, malgré le charisme des acteurs, le film pèche par sa forme à la fois impersonnelle et tape-à-l’œil, tendant de façon décevante vers le thriller politique calibré pour Hollywood, si bien que l’on pourrait soupçonner le cinéaste de rêver lui aussi un peu trop de l’Occident.




