Dans sa note d'intention, la réalisatrice Elene Naveriani précise qu'elle n'a vu le premier Noir de sa vie qu'à l'âge de 12 ans. Pour qui en douterait, la Géorgie n'est pas la société la plus ouverte, ni la plus tolérante de la planète. Mais, à Tbilissi comme ailleurs, chacun tente de garder la tête hors de l'eau, vaille que vaille. Ainsi en va-t-il d'April, une prostituée locale, et de Dije, un réfugié nigérian qui, dans un pays à l'économie exsangue, rapprochent leurs solitudes avec plus de pudeur que de passion, malgré les ricanements et l'incompréhension d'un entourage dont le racisme ordinaire transparaît à travers la bêtise et l'ignorance, plus que la méchanceté pure. Ainsi, sous couvert de drame naturaliste a priori attendu, Drop of Sun - titre inspiré de Frantz Fanon - se démarque-t-il par l'élégant laconisme bâillonnant la sensiblerie ou la moralisation vers lesquelles il aurait pu dériver. Au lieu de quoi, servie par le noir et blanc judicieux d'une photographie versant sa quote-part au bon déroulement des opérations, la cinéaste s'en tient à l'observation stricte d'un biotope désenchanté, accordant à ses protagonistes recrus (deux des acteurs amateurs sont même morts depuis le tournage) ce minimum de considération auquel tout être humain est en droit de prétendre. Ne fût-ce que le temps d'une fiction.
Critique
«Drop of Sun», irruption solaire
Rencontre à Tbilissi entre une prostituée et un jeune Nigérian. Une découverte.
«Drop of Sun». (Photo Vendredi Distribution)
Publié le 13/03/2018 à 17h56
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