Originairement prévu pour occuper la seconde partie d'un spectacle s'ouvrant par l'opéra en un acte Iolanta, le ballet Casse-Noisette s'est au fil des années imposé comme l'œuvre incontournable de Noël à accommoder à toutes les sauces. Sur glace, sur pointe ou en film animé, rien depuis cent vingt-six ans ne semble résister au long rêve de Clara qui découvre la guerre et l'amour, métaphore de la sortie de l'enfance - tout comme Iolanta, princesse aveugle à qui on cache sa cécité, finit par comprendre la réalité de son état.
En 1940 déjà, les studios Disney utilisent la musique du dernier des trois ballets de Tchaïkovski pour les prouesses graphiques les plus novatrices de son Fantasia. «Ce que vous avez en tête mais que vous n'avez jamais vu sur écran, nous le rendons possible», disait Disney. Mais contre toute attente, Disney n'a pas abusé de Tchaïkovski en illustrant des airs surconnus comme la Danse de la fée Dragée. L'historien de l'animation américain John Canemaker note qu'à l'époque, ce ballet, essentiellement donné en Russie, était presque inconnu partout ailleurs. C'est quatre ans après Fantasia qu'eut lieu la première production scénique américaine de Casse-Noisette, et quinze ans plus tard la chorégraphie de George Balanchine, qui sanctuarisa l'œuvre sur les scènes de Noël loin des abonnés du Mariinsky. On est toutefois libre de préférer la partition de la Belle au bois dormant, toujours de Tchaïkovski, et qui accompagne le film d'animation Disney de 1959 avec sa mélodie irrésistible, J'en ai rêvé : «Mon amour, je t'ai vu(e) au beau milieu d'un rêêêêêve…»).




