Yura, adorable gamin timide d'une dizaine d'années, tient entre ses doigts une miniature représentant le Christ durant son chemin de croix. Le garçon vient de quitter Tokyo avec ses parents pour emménager dans la cambrousse chez sa grand-mère. Catapulté dans une école catholique, il ne connaît rien à la foi chrétienne lorsque son prof-curé lui glisse ce qui ressemble à une carte Pokémon. Dessus, il lit : «Car rien n'est impossible à Dieu.» Quelques plans plus tard, après l'office, le garçon se retrouve telle une petite chose perdue dans l'Eglise, écrasé dans le coin du cadre, par l'imposant décorum catho avec croix et orgue géant. Bonne pâte, Yura fait du mieux qu'il peut et interprète de façon littérale - enfantine - le «demandez et vous recevrez», et commence à prier Dieu afin qu'il lui dégote un copain.
En plus de mettre sur son chemin Kazuma, gentil, bon au foot et drôle, un minuscule Jésus lui apparaît. Grand comme un jouet. Alors le gamin s’amuse avec lui, le trimballe dans le bain, l’utilise comme une figurine et prie encore, puisque c’est ce qu’il faut faire. Des sous ? Voilà 1 000 yens… Jésus, c’est tout à la fois le génie qui exauce les vœux et une présence rassurante alors que le petit se trouve téléporté au milieu de nulle part.
Félicité
Ecrit à hauteur d’enfant, le beau premier film du très jeune Hiroshi Okuyama, 23 ans, rappelle les mangas de Taiyo Matsumoto par son extrême sensibilité, par cette tristesse profonde percée par quelques moments de félicité collective, et par cette manière de capter un comportement en quelques gestes. Une caméra posée dans les couloirs de l’école au moment de la sortie des classes, et c’est tout un microcosme qui se révèle sans un mot. On repère les fougueux qui cavalent sans destination précise comme s’ils étaient soudain libérés d’un immense fardeau, et les gamins plus disciplinés, conscients qu’ils n’ont pas le droit de courir dans le couloir et pressent le pas tout en se cambrant, comme pour gagner en vitesse sans déroger à la règle.
A mesure que Yuta s’acclimate à son environnement, le film gagne en légèreté, jusqu’à culminer en un moment de félicité absolue où le cinéaste regarde les garçons jouer dans la neige. Une effusion de joie si intense et intime qu’Okuyama remplace le son par une pièce de Chopin, comme si leurs rires n’appartenaient qu’à eux - et que de toute façon on ne comprendrait pas. L’image quasi carrée, serrée, ressemble soudain à un film de famille.
Douleur
Le film se noue lorsqu’un drame frappe l’entourage de Yura. Alors que le garçon franchit le seuil de l’hôpital, Jésus, qui l’accompagnait jusque sur les autels bouddhiques, s’évapore. Le chemin du retour, il le fait seul. Avec les montagnes, la forêt, une barrière en métal blanc et moche. Avec le réel. Et ce vide incommensurable qui envahit le cadre. A l’effusion de joie succède une douleur pudique. Douloureuse découverte que les miracles n’existent pas et que la seule chose à laquelle on peut s’accrocher, ce sont les êtres autour de nous.




