Le sentier, taillé à flanc de falaise, domine un lac sombre dans un cirque de montagnes lunaires. Un homme court, léger sur les pierres, s'arrête, lance quelques phrases sonores en tibétain. Une file de yaks s'immobilise à quelques mètres d'un attroupement qui porte doudoune et casque d'alpinisme. Au son du «coupez», les yaks font demi-tour, les sabots à quelques centimètres du vide, encouragés par les cris et les sifflements des bergers.
De la falaise délitée qui surplombe la scène, des pierres fusent, passent en sifflant au ras des têtes, pour éclater la surface du lac, quinze mètres en contrebas. Le lieu sent la mort (un porteur est blessé à la main), mais les doudounes restent en place, derrière micros et caméra. Après trois mois de froid, d'isolement, l'équipe qui filme la scène a appris à vivre avec sa peur. Retour au story-board. Troisième prise.
Ni route, ni électricité. Au bord du lac de Phoksundo, à 3 600 mètres d'altitude, Eric Valli tourne l'Enfance d'un chef. Pour arriver là, depuis le petit «aéroport» de Juphal, il a fallu trois jours de marche dans les somptueuses gorges de la Suli Gad. Il faudrait une semaine pour rejoindre la première route: le Dolpo est l'une des régions les plus reculées du Népal. C'est le «pays caché» où vivent dans quatre vallées, outre le léopard des neiges, quelques milliers Dolpo-pa. Pas de route, pas d'électricité, la radio est le seul lien avec le monde extérieur. Ici, au pied de l'Himalaya, survit, préservée des destructions chinoise




