«Nous voici en Chine [...] des mendiants nous poursuivent sans relâche. Seule la vue de l'appareil photo les fait fuir.» Le 15 janvier 1909, Albert Dutertre, «chauffeur opérateur», et son patron, le banquier philanthrope Albert Kahn, débarquent à Shanghai. Equipés d'un lourd matériel photographique, ils effectuent un tour du monde, dont la récolte d'images constitue le prologue des «Archives de la planète», le «grand oeuvre» d'Albert Kahn. Jusqu'à sa ruine, due au krach de 1929, l'homme d'affaires consacrera sa fortune à l'envoi de photographes, baptisés opérateurs, dans le monde entier. Albert Kahn veut «fixer des aspects, des pratiques et des modes de l'activité humaine dont la disparition fatale n'est qu'une question de temps». Il entend ainsi aider au rapprochement entre les peuples. Résultat: 72 000 autochromes (des photographies sur plaques de verre en couleur selon un procédé des frères Lumière), 4 000 plaques stéréoscopiques (donnant l'illusion du relief) et 170 000 mètres de films. Le musée Albert-Kahn présente aujourd'hui à Boulogne des images de Pékin du voyage de 1909 et d'autres, réalisées en 1912 et 1913 par l'opérateur Stéphane Passet. Une exposition réalisée en collaboration avec le musée de la Capitale de Pékin et qui sera également visible à l'automne en Chine, où les vestiges du passé ne sont plus bannis.
Entre 1909 et 1912, une révolution a eu lieu, celle de 1911. La dynastie mandchoue des Qing a été renversée, la république proclamée. Mais la «Cité pourpr




