Rotterdam envoyé spécial
Au fond du plus grand port du monde, qui, de terminaux pétroliers en havres pour porte-conteneurs, court vers la mer du Nord, on peut s'asseoir dans un bar et rêver. Penser aux marchandises (300 millions de tonnes chaque année) qui viennent du monde entier jusqu'ici, au confluent de la rivière Rotte et des bras de la Meuse, pour ensuite remonter en batellerie 25 000 kilomètres de canaux hollandais, allemands, belges, français ou polonais. On peut aussi imaginer la vie des immigrants qui ont débarqué ici en train, en bus, en avion ou à fond de cale, et qui représentent aujourd'hui 40 % de la population locale. Ils parlaient plus de 120 langues différentes, du bahasa au telougou, de l'espagnol à l'ukrainien, du cantonais au malais, de l'arabe à l'afrikaner. La langue de leurs enfants est le néerlandais.
On peut aussi se prendre pour le héros d'un roman de Mac Orlan, Cendrars, London ou Kessel, marin en attente d'un bateau, voyou ruminant un mauvais coup devant une chope ou célibataire en goguette. Mais la bière blonde de marque célèbre qu'on sert ici, par exemple au café Loos sur Westerstraat et Westplein, est une pisse fadasse. Le Loos lui-même, avec son mobilier design années 20 revisité par les années 90 et ses clients à la mode, prouve que les bords des vieux ports de Rotterdam se sont embourgeoisés.
Remodelage. Les bâtisses rococo, les entrepôts et les péniches amarrées ont été transformés en lofts et en restaurants pour simili-artistes et vrais atta




