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Critique

Edward W. Said. Je, sans frontières.

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Publié le 09/01/2004 à 21h50

Quand on ne vit pas là où on est né, qu'on a un prénom anglais et un nom de famille arabe, qu'on est chrétien en pays majoritairement musulman, qu'on reçoit une éducation britannique alors que son père est de nationalité américaine, qu'on est le seul garçon des cinq enfants..., il y a de quoi être décalé (Out of place est le titre original). Ecrits au début de sa maladie, les mémoires de l'intellectuel palestinien Edward Said, né à Jérusalem en 1935 et mort à New York en septembre dernier, sont ceux d'un homme voué à l'exil. Egypte, Liban, Etats-Unis, les déplacements sont autant physiques que moraux, et les voyages imposent des transversalités aussi enrichissantes que douloureuses. Les premières pages de la vie de Said dépeignent les douceurs et paradoxes d'une enfance proustienne au Caire, où les affaires paternelles permettent de goûter aux charmes de la bourgeoisie : chauffeur, leçons de piano, villégiatures. Le jeune Edward, toujours absorbé dans son propre temps, peine à s'adapter au monde : quand il joue au football, il ne court pas après la balle. Une mère adorée, généreuse mais manipulatrice, un père sûr de soi et autoritaire, expliquent en partie les atermoiements futurs. Mais le doute premier, et la douleur qui s'ensuit, ne sont-ils pas liés à l'expression même de son identité par le langage : «La déchirure fondamentale dans ma vie est celle qui sépare l'arabe, ma langue maternelle, et l'anglais, ma langue scolaire et, par la suite, ma langue d'expression en tant

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