Le moment musical en fa mineur de Franz Schubert fait désormais office de hit cinématographique cliché, comme René Aubry pour les émissions de vrais gens. On doit à Marco Bellocchio les dernières occurrences de cette pièce primesautière et pathétique, composée en 1828. Dans Buongiorno notte, qui retrace l'enlèvement d'Aldo Moro par les Brigades rouges, le «moment» accompagne grosso modo les scènes où Chiara (Maya Sansa), la seule femme du groupe de terroristes, culpabilise. Ces remords humanistes, bienveillants, individualistes, voire chrétiens appelons ça comme on veut , lui apparaissent sous une forme onirique. Des absences diurnes ou des rêves nocturnes lui permettent de défier provisoirement l'autoritarisme puritain du leader du groupe, Mariano. Pendant quelques instants, l'armure idéologique du commando se fissure. Le moment musical en fa mineur illustre le rêve impossible de libération d'Aldo Moro (Luigi Lo Cascio). Chiara s'imagine le sortir de cette cellule, cachée derrière la bibliothèque. Elle verse du somnifère dans la soupe communautaire. Elle soulève le loquet qui ferme la cache. Dans notre souvenir, le «moment musical» vient épouser le pas léger d'un homme soudain libéré. Il marche, mais c'est un rêve. Schubert accompagne donc aussi notre impuissance de spectateur, traumatisé à l'époque et de nouveau condamné à expier en salle. La musique de Schubert contribue à ranimer la figure de Moro, dont on ne gardait en mémoire qu'un coffre de 4L métonymique (là où fu
Un rêve, dérives
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Publié le 27/02/2004 à 23h28
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