Une princesse anglaise ravie par la mort dans la fleur de l'âge. L'émoi est général. On est en 1670. Il s'agit de «Madame», Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans et belle-soeur de Louis XIV. C'est à Bossuet qu'incombe le devoir de prononcer l'oraison funèbre (elle demeurera célèbre pour son cri de douleur : «Madame se meurt, Madame est morte !»). Ainsi que l'exige l'exercice (un genre qui appartient à la forme de l'éloquence panégyrique), le futur évêque de Meaux y développe bien sûr des éléments biographiques en louant les vertus de la défunte, mais, comme dans tous ses discours mortuaires, il tente au-delà de l'éloge d'introduire une réflexion sur l'enseignement du Christ. Les destins particuliers des grands sont sujets de méditation : candeur d'âme de Marie-Thérèse d'Autriche, conversion d'Anne de Gonzague, athée repentie. L'oraison funèbre chez Bossuet se rapproche du sermon, et du Sermon sur la Mort en particulier. La mort triomphante, thème cher aux baroques : «Ce gouffre infini du néant, où l'on ne trouve plus ni Rois ni Princes ni Capitaines, ni ces autres augustes noms qui nous séparent les uns des autres, mais la corruption et les vers, la cendre et la pourriture qui nous égalent.» Chez le grand orateur et sermonnaire, on retrouve d'autres thèmes : la providence, ou les devoirs du souverain (le prince doit régner en imitant la bonté du gouvernement divin). Et l'on goûte toujours ce style admirable qui sait passer de la pompe à la concision : «Dieu a aimé : c'e
Critique
Eloges des ombres
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Publié le 14/05/2004 à 0h37
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