Le temps. Prendre le temps.» C'est une devise qui revient très souvent aux lèvres de Pierre Charpin. Il l'a particulièrement appliquée aux vases en verre «Torno Subito», dont le soufflage s'est étiré de 1998 à 2001 au Cirva (Centre international de recherche sur le verre et les arts plastiques) de Marseille. Cette méthode de travail révèle l'état d'esprit exigeant de ce designer français, élu «créateur de l'année» au Salon du meuble de Paris 2005. Même pour recevoir cette récompense, il a musardé. Cet éloge de la lenteur, ce n'est pas une pose, mais elle s'impose comme «la» manière d'élaborer de Charpin. Assumant son rythme, il préfère, d'avance, nommer «Oggetti lenti» («Objets lents») les pièces qu'il prépare pour la Design Gallery de Milan.
Dessins à la main. «Oui, je suis assez lent. Je dessine beaucoup. Je répète, je modifie, je trie. Je dessine à la main. Je revendique ce tracé manuel, plus ouvert que l'image numérique, le projet peut être modifié. Avec la 3D, la notion d'échelle est faussée. L'image 3D est très séduisante, lumineuse, mais trompeuse car elle semble finie, parfaite. Dans ce monde hypertechnologique, certains moyens rudimentaires restent d'une efficacité fondamentale. Cela prend du temps. Mais ce n'est pas négatif, je n'en vois que la dynamique positive, celle de retravailler, jusqu'à obtenir le dessin satisfaisant. La lenteur, c'est aussi un positionnement, une réaction par rapport au rythme effréné que le marché propose, qui fonctionne sur l'obsolescence




