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Libération

La hiérarchie des larmes

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Publié le 25/03/2005 à 1h08

Est-ce que Céline Dion vaut Mozart ? La chanson titre de Titanic peut-elle émouvoir autant que le Kirie Eleison du Requiem ? Telles sont les questions qui hantent constamment la production musicale mondiale sans jamais vraiment affleurer formellement. Trop de «distinction» en jeu. Au milieu du XXe siècle, le philosophe Theodor Adorno s'en préoccupait passionnément. En pré-José Bové musicologue, il pressentait le développement de «l'écoute marchandise». En Madame Irma du marketing à venir, il théorisait déjà l'atomisation de la musique en sonneries de portables et autres stickers incitatifs comme «musique de la 406». «L'écoute régressive, écrivait-il, apparaît dès lors que la publicité se change en terreur.» Cette formidable partition du monde de la musique, quoique désuète, binaire et idéologique, n'a heureusement plus cours aujourd'hui. Même au coeur de l'Opéra Garnier, temple de la «grande musique», Céline Dion s'impose (avant Las Vegas) au même titre que Mozart. Ainsi une chanson de Titanic ouvre ironiquement et ferme sincèrement le dernier spectacle d'Alain Platel, Wolf. Construit comme un hommage musical à Wolfgang Amadeus Mozart, le show gravement déjanté du chorégraphe flamand joue sur cette idée ­ toujours subversive ­ d'une équivalence émotionnelle possible entre la musique «légère» et la musique «sérieuse». Des danseurs et chanteurs s'affrontent dans un maelström urbain, situé quelque part entre la cage d'escalier d'Harlem, le centre commercial graffité d'Evry et l

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