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Libération

L'affaire des écoutes

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Publié le 21/10/2005 à 4h11

Depuis le 19 septembre, un extrait de 30 secondes de Hung up, le nouveau single de Madonna, est téléchargeable en exclusivité sur les mobiles Orange. Soit un mois avant la diffusion radio. Et deux mois avant la sortie de l'album, Confessions on the dancefloor. Renversement : la sonnerie fragment précède l'oeuvre, la produit presque. Madonna nous fournit un prétexte en or pour évoquer ce qu'un Walter Benjamin des années 00 aurait appelé «l'oeuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité... téléphonique». Comment sacraliser encore toute création musicale à l'heure des ringtones disséminées ? C'est Christophe Kihm, rédacteur en chef d'Art Press, qui en éclaire le plus brillamment les enjeux théoriques dans un ouvrage collectif (1). Son article analyse les reprises, sport pratiqué par les rockers et les DJ. Bizarrement, ou modestement, il s'en tient là. Or son idée permet d'embrasser toute la production musicale récente et notre rapport à elle : les bouleversements de sa distribution via le Net, la pub, les sonneries, les BO de films, etc. L'autorité de l'oeuvre se déplace. Il évoque «la dispersion de l'oeuvre à travers une multitude de constituants soumis à des évolutions constantes». En fonction des usages, des interprètes, des émetteurs et récepteurs. Autrement dit, il faut désormais considérer la musique non plus comme une discothèque idéalisée, un catalogue d'«oeuvres pures» qui seraient altérées par les assauts de l'industrie culturelle. Mais bien plutôt cerner cette étrang

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