Depuis la Valeur allusive (1985), et livre après livre, le philosophe et sinologue François Jullien n'a eu de cesse de faire «ce pas de côté», ce «détour» par la Chine, pour faire dialoguer pensée chinoise et philosophie occidentale. Mais, sous couvert d'interroger cet écart nous/l'hétérotopie chinoise , afin de favoriser l'échange, Jullien ne fait que le creuser ; pis, il pose «le mythe de l'altérité foncière» comme postulat de départ. C'est ce que Jean-François Billeter, autre sinologue et spécialiste de la Chine, dénonce ici sous un titre qui a le mérite d'être clair. On ne peut être juge et partie, celle-ci étant cette tradition «comparatiste» datant des Lumières qui flatte le lecteur occidental. Et le polémiste de convoquer Ricoeur : «Comment peut-on écrire en français des livres qui se réclament d'un regard du dehors, d'une déconstruction par le dehors ?» Cette instrumentalisation de «la civilisation chinoise» a quelque chose de dangereux, par «pensée des lettrés» (le confucianisme), Jullien ne parle que d'une certaine pensée chinoise, qu'il idéalise, omettant qu'elle est l'assise théorique du despotisme impérial (et aujourd'hui du refus de la démocratie par Pékin). Changeons donc de méthode : «Posons d'emblée l'unité de l'expérience humaine, cherchons à comprendre, à partir de là, la réalité chinoise que nous étudions et à rendre compte de la façon la plus directe possible.» Le parti pris de Billeter : «Il n'y a rien au-dessus de la "personne", et surtout rien au-d
Critique
Jean-François Billeter. Cancre de Chine
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Publié le 23/06/2006 à 21h32
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