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Libération
Critique

Trouble de la réalité

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publié le 28 avril 2008 à 3h15

Si l'on s'en tient au titre, Kindertotenlieder emprunte au compositeur Gustav Mahler et à ses «chants pour les enfants morts», composés entre 1901 et 1904 d'après des poèmes de Friedrich Rückert. Et il est vrai que la pièce de Gisèle Vienne, baignée d'une lumière lugubre et battue par une tempête de neige, est autant musicale que théâtrale. On pourrait aussi songer au Voyage en hiver de Schubert, si les visages et les sweats à capuche n'évoquaient plutôt une réunion d'ados satanistes.

Créée l'an passé au Quartz de Brest, où la jeune femme est artiste associée, cette pièce radicale se place sur le terrain de la fantasmagorie pour interroger les glissements entre fantasmes et réalité. En s'appuyant sur l'écriture de l'Américain Dennis Cooper, comme I Apologize, puis Une belle enfant blonde (cosigné avec Catherine Robbe-Grillet) et le solo Jerk (dont Kindertotenlieder semble l'opposé scénique). On peut préférer Jerk pour le rapport direct à l'interprète et la mise en scène a minima ; ou penser que les deux spectacles se complètent. Kindertotenlieder,visuel, recourt à un impressionnant travail corporel, sans qu'il s'agisse vraiment de danse, use davantage d'effets scéniques et traite de la représentation. Celle de la mort, au sein des rites collectifs. D'où le surgissement des «perchten», figures magiques à poils comme sorties d'une cérémonie de masques africains mais, en réalité issues d'une tradition a