Jacques D. J’ai le père le plus intègre, le plus punk du monde. Ses parents étaient des prolétaires, elle femme de ménage puis standardiste, lui à EDF, tous deux descendants de fermiers alsaciens. Ma grand-mère me chantait Lorelei quand j’étais petite. Ça m’amusait de passer des Doillon aux Birkin et inversement. Dans la famille de mon père, quelqu’un est quand même mort parce qu’on était dimanche et qu’il ne fallait pas déranger le médecin, alors que dans celle de ma mère, on aurait pris un cheval, déplacé des montagnes, tenté carrément l’opération. On me dit souvent, dans la rue : « J’aimais beaucoup votre père », parce que les gens pensent que c’était Gainsbourg. Je rétorque « Ce n’était pas mon père », et on me répond : « Ce n’est pas grave. » Jacques ne sait pas se vendre, mais il ne se fait pas bluffer non plus. Il a une lucidité qui me plaît beaucoup, même si ce n’est pas toujours commode. Des quatorze films que j’ai faits, il n’en a vu que deux. Une fois je lui ai lancé : « Me regarderais-tu si j’étais nommée aux Césars ou aux Oscars ? » Réponse : « Absolument pas. » Et cette façon qu’il a d’analyser le cinéma ! « Jarmusch c’est des films pour Cannes et les Oscars » ; ou Lynch, que j’adore et dont il dit : « C’est magnifique l’effort qu’il fait pour être incohérent, on dirait qu’il écrit un bon scénario et qu’il s’amuse ensuite à le découper en morceaux et à tout mélanger ; s’il s’avouait enfin qu’il est un cinéaste classique, ce serait formidable. » Mon père
Interview
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Publié le 10/05/2008 à 3h34
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