Le soir du vernissage, on avait des doutes et on riait en se gaussant de ces peintures mal fichues. Puis on a discerné qu'elles tendaient les fesses et leur surface replète pour se faire battre. Que c'était exprès que la commissaire d'exposition, Caroline Soyez-Petithomme, les avait choisies : pour filer des vapeurs à l'amateur d'art. Lui faire tourner de l'œil devant tant d'effronterie picturale, devant cette touffeur que tout portrait amène quand il est fait à la truelle, quand il se complaît dans l'épaisseur de la touche, le modelé des chairs et l'arrogance crâneuse de la pose de son modèle (croisé, par exemple, sur des live chats ou des sites porno pour les toiles de Celia Hempton).
A ceux qui aiment distinguer le bon du mauvais, «la Femme de trente ans», titre emprunté à un roman de Balzac, ne propose que des brutes, parfaitement mal dégrossies, c'est-à-dire des œuvres qui laissent couler : la peinture, certes, mais d'abord les formes, et puis les sexes, c'est-à-dire aussi le féminin vers le masculin, et vice versa. Le fond de l'expo, ou son credo, est là, dans le queer, dans la malléabilité des sexes et des genres. Mais ce n'est rien sans la forme. Or, cette forme, l'expo la trouve dans une merveille d'accrochage excessif : les toiles et deux vidéos chevauchent des posters muraux sur lesquels sont imprimés, en noir et blanc, immenses, des phallus sculpturaux, une fille aux seins nus et une scène du Kamasutra. Signée de l'artiste anglaise Marvin Gaye Chetwynd, cette toile de fond embarque dans les mêmes beaux draps la plupart des pièces de l'expo, qui vire aussitôt à l'amour à plusieurs, une partie indémêlable. Où on a, malgré tout, réussi à distinguer les toiles de Walter Robinson, critique d'art new-yorkais adulé, mais peintre mal aimé et qui a tout fait pour ça : en 1986, il clame que «puisque le succès devient si banal, le seul moyen de rester unique est d'échouer». Et, par là, mettre en échec le diktat pictural de la beauté sèche.




