Écoutez, il n’y a rien à voir
Les cerveaux de l'electro abstraite sont sortis de leur antre, ou plutôt, ils y ont fait entrer le public, par les tripes. Rare en live, le duo Autechre a plongé le dôme du Sónar dans l'obscurité pendant tout son live. Nul besoin d'artifice pour que leur set rigoriste fasse son effet : ces deux électroniciens de Manchester, parmi les plus fièrement austères du label Warp, dissèquent les sons sur table. Les cliquetis d'instruments savamment trifouillés et les beats cahoteux se sont entrechoqués avec un électrocardiogramme témoin d'un coeur malade qui pourrait être le votre. L'opération est risquée mais une leçon esthétique à prendre ou à laisser. Les mouvements de foule ont fluctué dans la salle comme nulle part ailleurs, trahissant une curiosité pour la bête mais un départ précipité de ceux qui se rendent compte que leur corps n'est pas prêt à adapter sa danse et qu'il n'y aura rien à en tirer pour Instagram.
Le goût des autres
De la voix haute et claire de l'idole next-door Alexis Taylor se déverse une farandole de tubes repris par un parterre dansant pieds nus en moulinant des bras comme Shiva. Album après album, Hot Chip, revenus cette année avec Why Make Sense, s'imposent encore comme des meneurs de dancefloors. Leurs trouvailles discoïdales, de One Night Stand à Over And Over, se dansent aussi bien qu'elles se chantent sans perdre de leur saveur. Cette bande de geeks entrés sur scène en combinaison Devo/Kraftwerk/Breaking Bad ne se gène pas non plus pour casser le rythme en glissant là de l'electronica qui calme le jeu avant d'embrayer sur un Ready For The Floor nouvelle génération.
Les voix qui s’élèvent
On aimerait être sympa avec Kindness qui arrive en nombre sur scène avec l'hyper souriant Adam Bainbridge au chant. Soutenu par deux choristes, il secoue sa crinière dans la fosse pour Champagne Coast, une reprise d'un titre sans plus de Blood Orange, avec qui il collabore par ailleurs. «Come Into My Bedroom» chante-t-il à l'envie en se promenant dans le public, difficile de le suivre dans son délire quand, malgré son équipe de choc sur scène et un style funk downtempo qui ose, on est privés d'harmonies vocales, que le rythme est plat et que ce frisson qui devrait intimer l'ordre de danser fait défaut.
Touche à rien
En marge de la carte blanche aux expérimentales Editions Mego qui a lieu ce week-end, le furieux trio d’improvisation Nazoranai était une décapante introduction (pour les tympans) à celle-ci. Le Japonais Keiji Haino constitue un spectacle à lui seul par la grâce de ses mouvements tentaculaires dans l’espace au-dessus d’un Airsynth qu’on peut facilement confondre avec un theremin.
Nez creux
Les Britanniques Mumdance & Novelist ont jeté l'ancre dans l'année 2015 et incarnent parfaitement l'une des tendances de cette édition du festival: le retour du grime. Ce genre souterrain entre rap et UK garage a donné une démonstration de force avec Mumdance aux platines, et Novelist, 18 ans, dont le flow a mis sous cloche la foule qui s'était aventurée sous le dôme en leur faisant faire les plus hauts jumps.
Le choix des rétines
Le spectacle «Double Vision» ficelé par le producteur allemand ATOM ™ et l’artiste visuel australien Robin FOX a fait fusionner crépitement des machines et convulsion lasers qui viennent chatouiller (assez méchamment) le public. On est loin du DJ star -le producteur est invisible à l’œil nu — et on se demande un peu hagard si s’agit là déjà de la Fête de la Saint Jean ou bien du VJing 3D de demain.




