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Libération
Critique

Caitlyn Jenner, télé fatalité

Héroïne de la minisérie «I Am Cait», diffusée sur E !, l’ex-beau-père des sœurs Kardashian se voit propulser porte-parole des transsexuels, cantonnée aux clichés de la féminité version téléréalité. Réducteur et fascinant.

(DR)
Publié le 18/09/2015 à 18h06

Dans l'univers de la télé américaine, déjà gratiné en ce qui concerne l'exposition de la vie privée, il est un sous-monde qui rend le reste timoré : les productions Bunim/Murray. Real World, Project Runway et consorts, tout cela est bien trash, mais c'est avec les aventures des Kardashian que la société californienne a explosé les frontières de la culture contemporaine. Elle a créé un monstre qui n'en finit pas de s'autorégénérer, de se trouver des nouveaux sujets. A l'image de la minisérie I Am Cait, entamée cet été sur E ! et qui a égrené ses huit épisodes depuis. L'héroïne de la série est Caitlyn Jenner, ancien beau-père de Kim Kardashian, ex-American hero après une victoire de décathlon aux JO de 1976. Fin avril, Bruce Jenner annonçait sa véritable identité féminine, et dans la fouléeVanity Fair lui consacrait sa une. I Am Cait est le récit de l'émancipation d'une femme, sa gestion des réactions de l'entourage, famille ou amis, ses rencontres avec des activistes trans. Il y a des scènes d'émotion, des engueulades et rabibochages ponctués de coupures publicitaires. On est là face à une mise aux enchères de l'intime tellement hors de nos propres vies qu'elle en devient ahurissante. Mais ce qui rend I Am Cait encore plus fascinant, c'est que son sujet, la nouvelle vie d'une femme qui était homme, appelle des questions politiques majeures. La série repose sur un décalage géographique : enfermée dans sa villa luxueuse, ou dans celles de ses ami(e)s, Cait vit une vie où être femme revient à empiler des fringues dans un dressing et se faire maquiller. Quand elle sort, c'est pour parler en public et défendre la cause trans. Il y a quelque chose d'étrange, voire de franchement révoltant dans le rôle que Caitlyn Jenner se voit attribuer. Elle est une porte-parole tout simplement parce qu'elle l'a, la parole, contrairement à tant de trans qui se font castagner tous les jours. Le problème n'est pas dans la personne Jenner, que nul ne peut juger, mais dans l'habillage ultramarketé qui traverse I Am Cait, dans l'impression que la bête télévisuelle a trouvé sa nouvelle «créature», son King Kong dont il faut documenter le malheur. Et toujours accentuer son état masculin d'avant. Dans la version française, Caitlyn est doublée par un homme.

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