Parmi les patates chaudes laissées par Fleur Pellerin à Audrey Azoulay, le Théâtre de la Cité internationale est en train de pulvériser tous les records de temps de cuisson. Voici en effet 523 jours que l’établissement parisien, toujours très bien coté au demeurant, fonctionne… sans directeur. Mais toutes les choses, y compris les pires, ayant une fin, l’équipe réunie en assemblée générale a pris sa plume pour adresser un courrier - daté du vendredi 12 février - à la nouvelle ministre de la Culture et de la Communication. La missive comporte une dizaine de questions quant au futur projet du Théâtre et à son équipe. Histoire de faire passer le message, un préavis de grève avait également été posé pour le mardi 16 février. La menace n’a finalement pas été mise à exécution, bien qu’une majorité des membres de l’équipe se soit exprimée pour, afin de ne pas nuire aux jeunes compagnies actuellement à l’affiche au TCI.
Dans sa lettre, l'équipe du TCI constate: «Après avoir entériné la diminution de son apport financier de 55 %, soit une baisse de 480 000 €, ainsi que la création d'un cadre juridique spécifique au Théâtre pour l'automne 2016 et l'intégration de nouvelles missions de formation et d'insertion professionnelle de jeunes artistes, la Cité internationale universitaire de Paris (CiuP, qui en a la tutelle, ndlr) a lancé un appel à candidature pour le poste de directeur/directrice […] Le futur projet prévoit d'associer l'École supérieure d'art dramatique de la Ville de Paris et de développer toute une série (la liste est longue) de partenariats avec des dispositifs de formation artistique liés à l'enseignement supérieur. Ces nouveaux objectifs s'ajoutent aux missions de diffusion et de soutien à la jeune création et, malheureusement, s'accompagnent d'une volonté de réduction de la masse salariale […] Nous soutenons qu'il est impossible de faire fonctionner cette structure et d'assumer l'ensemble des missions existantes et futures avec 8 postes en moins (sur 25, ndlr) et une baisse budgétaire de 480 000 euros».
Depuis le départ de Pascale Henrot, en septembre 2014, le TCI n'a en effet plus de direction. Ce qui ne saute pas du tout aux yeux, tant le lieu réussit à garder la tête haute, mais contribue forcément, les mois passant, à saper le moral en interne. «Tout le monde trouve le temps très long et la situation difficile à vivre», nous déclarait récemment Virginie Girard, administratrice du théâtre et directrice par intérim, en marge du Candide de Maëlle Poesy qui y était donné en janvier. «Nous avons su développer une faculté d'adaptation et prendre sur nous pour que cela ne se voie pas. Mais on ne peut rien engager sur le long terme […] De plus, un changement de direction induit la question du financement et du fond même du projet artistique avec, en toile de fond, la crainte de licenciements.»
Fondé en 1936 au cœur de la Cité U, dans le 14e arrondissement de Paris, le TCI gère sur 4000 mètres carrés trois salles de spectacle, douze studios et un bar. La CiuP lui reproche de s'être éloigné de la vie universitaire et a émis le souhait d'une restructuration économique. Difficile d'en savoir plus, dans la mesure où sa déléguée générale, Carine Camby, refuse invariablement - par secrétariat interposé - de répondre à toute sollicitation journalistique sur le sujet. Le 23 octobre, la CiuP a annoncé une baisse de subvention du théâtre qui, étalée sur deux ans, passera de 880 000 euros en 2016 à 400 000 euros en 2018.
Ces jours-ci, le TCI accueille le festival JT16, en partenariat avec le Jeune Théâtre National, le Théâtre de la Commune – CDN d'Aubervilliers et le Nouveau Théâtre de Montreuil – CDN. «Nous attendons des réponses avant mardi 16 février 10h, date à laquelle, sans réponse officielle de votre part à l'intégralité des questions, l'équipe sera dans l'obligation d'envisager de cesser le travail», précisait le courrier adressé à Audrey Azoulay, qui n'a donc pas cédé à la sommation. L'équipe a en revanche été reçue par Régine Hatchondo, la directrice de la création artistique du ministère de la Culture, qui n'a, de l'avis de ses interlocuteurs, pas dissipé le sentiment d'inquiétude quant à l'avenir du théâtre, où la mobilisation demeure par conséquent d'actualité.




