«Pourquoi rejetez-vous tout dialogue sérieux, toute forme de débat ?» invective le désormais ex-directeur du festival d'Athènes et d'Epidaure. La communauté artistique grecque n'espérait pas vraiment de mea culpa de la part de Jan Fabre. Au moins n'est-elle pas tombée de haut à la lecture de la lettre ouverte que ce dernier a finalement divulguée le 11 avril après la levée de boucliers ayant provoqué, le 2 avril, sa démission du poste de «curator» du prestigieux festival international.
Nommé en février par le ministre de la Culture, Aristides Baltas (Syriza), Jan Fabre était accusé d'avoir largement ignoré les artistes locaux pour placer au cœur de l'édition 2016 les fleurons de la création belge. Avoir présenté cette dernière comme «représentative d'un melting-pot européen et international» n'a manifestement pas suffi à apaiser la colère d'artistes grecs largement délaissés par les pouvoirs publics, maintenus dans une situation de précarité et pour qui le festival d'Athènes reste l'un des rares poumons de production publics. «La politique culturelle, en Grèce, ne peut se rendre aveugle à la situation actuelle de son peuple. Au risque d'échouer à faire de l'art un moteur précieux, tant pour les Grecs que pour les étrangers, commente, depuis Athènes, le critique d'art Anastasios Koukoutas. Nous accueillerons plus chaleureusement une approche moins opportuniste de notre culture.»
«Manque de temps»
Jan Fabre qui, en tragédien, avait déjà sous-entendu que la liberté artistique «n'était plus possible en Grèce», a rappelé pour sa défense le peu de temps imparti pour monter sa programmation. «Depuis le début, mon équipe et moi-même avons été clairs sur le fait que nous n'étions pas encore assez familiers du paysage artistique grec pour proposer une sélection digne de ce nom, écrit-il. Il eut été arrogant de prétendre le contraire.» Sans doute aussi eut-il été judicieux de s'abstenir, dès lors, d'endosser cette responsabilité dans un contexte économique et politique aussi troublé ? Fabre voulait, en fait, confier la partie grecque de la programmation à un curateur local… Demande qui, explique-t-il, aurait été rejetée par le nouveau conseil d'administration du festival, par «manque de temps».
Un refus qui pousse désormais le plasticien, chorégraphe et metteur en scène flamand à s'étonner que ce qui leur était annoncé comme «impossible» soit soudain devenu l'une des pierres angulaires du programme annoncé par son successeur, Vangelis Theodoroloulos, un metteur en scène dont la récente nomination suscite déjà des commentaires acerbes : «Outre qu'on le dit proche du parti Syriza, ses spectacles passés ne semblent guère promis à la postérité ; et la seule langue qu'il parle est le grec, ce qui ne semble pas le meilleur atout pour assumer la direction artistique d'un festival international», écrit Jean-Marc Adolphe dans la revue Mouvement. Au moins peut-on penser que Jan Fabre et la communauté artistique grecque s'accorderont sur un point : «Ce n'est le destin d'aucun festival, national ou international, de remplacer la mission d'un gouvernement. L'aide économique à la culture nécessite un plan sur le long terme […]. Il est dangereux d'être complètement dépendant d'un seul festival», tacle Jan Fabre, dont les déclarations ne manqueront sûrement pas de faire réagir le ministre de la Culture.




