Le photographe français Ludovic Ismael, 32 ans, formé en Australie, expose pour la première fois à Montpellier jusqu'à fin avril et autoédite un livre, Passagers, fruit de cinq années de travail passées sur la route des festivals alternatifs, dans le sillage du plus impressionnant d'entre eux, Burning Man. Il a arpenté cette «dernière frontière» déglinguée sise dans le désert du Nevada depuis 1990 avec un studio mobile et fait poser des communautés alternatives. Il raconte : «La première fois que j'ai vu les photos sur Internet d'un artiste, Scott London, montrant des hommes en costard dans le désert, ça m'a marqué. En tant que photographe, je me suis dit que tout était possible en termes de mise en scène. En 2013, quand j'y suis allé, il y avait très peu de photographes et peu de clichés diffusés. En 2014, avec les réseaux sociaux, il y a eu un énorme buzz sur plein de belles photos et de projets. C'était pire en 2015, les gens se sont mis à apporter leurs flashs.»
Sur place, le public (environ 70 000 personnes) est autosuffisant, tout fonctionne au don et le lieu accueille des structures artistiques géantes qui font naître des utopies éphémères. «Ce n'est pas le festival le plus facile en termes de conditions : il y fait très chaud la journée, très froid la nuit et les tempêtes de sable sont nombreuses. A déconseiller à ceux qui aiment le confort. C'est d'autant plus compliqué d'y aller depuis la France qu'il faut s'organiser à l'avance, louer une voiture, venir avec des barils d'eau. La seule chose en vente sur place, c'est les glaçons.» Il déplore que Burning Man a parfois mauvaise presse ces jours-ci. «Beaucoup d'articles ont cassé du sucre sur le dos du festival, parfois sans y être allé. Certes, Paris Hilton a été à Burning Man, il y a aussi l'image des hippies drogués. Mais il n'y a pas que ça : on y trouve des familles, des gens de 50 ans…»
Le photographe a aussi écumé Envision, manifestation dans la jungle du Costa Rica, le psychédélique Boom au Portugal et deux déclinaisons pour «burners» : Afrika-Burn, en Afrique du sud et Nowhere en Espagne. «Nowhere est de taille humaine et moins impressionnant. On y vient d'abord pour faire des rencontres, suivre des ateliers. J'y ai appris la danse contact (improvisation), que j'ai continué ensuite à pratiquer à Paris. Mon dispositif photographique était aussi plus simple, moins sensationnel : cela ne rimait à rien d'emmener un flash et un trépied, j'avais juste mon Reflex dans mon sac.» Après une pause en 2016, il retournera à Burning Man cette année, peut-être pour la dernière fois.
Passagers de Ludovic Ismael, textes Marie Colinet, designs Thais Paulian. (Disponible).




