«Qui est ce soldat ?» «Mange ton orange et tais-toi !» Quand il était enfant, le père de Dorothée Myriam Kellou s’était vertement fait rabrouer par sa mère lorsqu’il avait posé une question qui lui brûlait les lèvres. Petit garçon, Malek se rend parfois à Boufarik en Algérie, ville bordée de collines d’orangers, et cette statue fait tache. Erigée sur près de 4 mètres de hauteur, elle représente le sergent Jean Pierre Hippolyte Blandan (1819-1842), figure de la colonisation algérienne, décoré de la Légion d’honneur par la France après sa mort pendant les combats et mythifiée par la IIIe république.
En 1962, après les accords d’Evian qui actent l’indépendance de l’Algérie, la statue a migré pour s’installer place de Padoue, dans le sud-ouest de la ville. Fantôme revenu du passé, elle hante le père qui a également déménagé dans cette ville quelques années auparavant. La fille, Dorothée-Myriam Kellou, devenue journaliste et écrivaine, veut faire quelque chose de ce récit. Elle fouille, investigue, écrit. Jusqu’à ce que le musée des Beaux-Arts de Nancy lui propose de créer un contre-monument, accolé à l’imposante statue. L’œuvre, intitulée Table de désorientation, vient tout juste d’être inauguré ce jeudi 6 novembre.
«Laisser une trace et augmenter le propos»
Voilà quatre ans que ce projet est en germe. En 2022, Dorothée-Myriam a raconté l’histoire de son père et de la statue dans son ouvrage Nancy-Kabylie. Ce récit tombe dans les mains de Susana Gállego Cuesta, directrice du musée des Beaux-arts




