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Justice

Argentine : un tableau volé par les nazis, réapparu dans une annonce immobilière, a été rendu aux autorités

Le domicile du couple en possession de l’œuvre spoliée pendant la guerre a été perquisitionné et celui-ci a finalement rendu la toile à la justice.

Un membre de la police fédérale argentine (PFA) se tient devant la maison qui a été perquisitionnée (à droite) après qu'une photo montrant un chef-d'œuvre du XVIIe siècle prétendument volé par les nazis à un collectionneur d'art juif néerlandais a été publiée dans une annonce pour la vente de la propriété, dans le quartier de Parque Luro, à Mar del Plata, en Argentine, le 27 août 2025. (Mara Sosti/AFP)
Publié le 04/09/2025 à 9h21

La rocambolesque affaire se poursuit devant la justice. Repéré dans une annonce immobilière en Argentine, mais manquant lors de la perquisition de la police, un tableau du XVIIIe siècle, volé par les nazis à un collectionneur juif pendant la Seconde Guerre mondiale, a finalement été rendu aux autorités, a annoncé mercredi 3 septembre le parquet de la ville de Mar del Plata située dans l’est de l’Argentine.

Devant la presse, le procureur Daniel Adler a expliqué que l’avocat de l’héritière d’un officier SS, Friedrich Kadgien, bénéficiaire de la spoliation et qui avait fui en Amérique du Sud après la guerre avant d’y mourir en 1978, «a rapporté l’œuvre». Son nom : Portrait d’une Dame de l’Italien Giuseppe Ghislandi (1655-1743).

Des perquisitions

C’est un journal néerlandais qui avait relevé sa présence dans l’annonce de la vente de la maison des héritiers à Mar del Plata. Saisie, la justice argentine avait diligenté une perquisition, mais le tableau ne se trouvait plus à l’endroit repéré sur la photo, remplacé par un autre. Patricia Kadgien, fille de Friedrich Kadgien, et son époux avaient été assignés à résidence depuis mardi 2 septembre, après plusieurs perquisitions au cours desquelles les autorités n’avaient pas retrouvé la peinture.

Selon le journal la Nación, le couple a finalement reconnu devant la justice être en possession de l’œuvre d’art, tout en estimant dans le même temps qu’elle faisait partie de son patrimoine et que toute action en justice concernant la peinture est prescrite. Mais comme le relève le média argentin, «le pillage de biens culturels commis par le régime nazi pendant la Seconde Guerre mondiale n’est pas considéré comme un crime de droit commun, mais comme un crime de guerre». Et, de ce fait, frappé d’imprescriptibilité.

L’œuvre a appartenu au collectionneur juif néerlandais Jacques Goudstikker, dont les biens ont été spoliés par les nazis, et mort lors de sa fuite en Angleterre en 1940. Ses héritiers ont formellement exigé sa restitution par courrier, écrit à la famille Kadgien, rapport le journal néerlandais AD.

Une toile «en bon état de conservation»

Elle figure sur une liste internationale des œuvres d’art disparues et est présentée sur le site internet de l’Agence du patrimoine culturel des Pays-Bas, dédiée à l’identification, au suivi et à la restitution des biens culturels volés par les nazis. Le tableau est «en bon état de conservation compte tenu de son âge, puisqu’il date de 1710. Sa valeur pourrait avoisiner les 50 000 dollars», a déclaré à la presse l’expert et professeur d’art, Ariel Bassano, au côté de l’œuvre présentée au parquet.

Friedrich Kadgien, père de Patricia Kadgien la propriétaire du tableau jusqu’alors, a été conseiller financier du criminel de guerre allemand Hermann Göring qui, durant le régime nazi, avait amassé une fortune colossale, notamment par la spoliation de biens juifs. Des milliers de nazis ont traversé l’Atlantique après la guerre et sont passés ou se sont réfugiés en Argentine. Parmi les cas les plus retentissants, Adolf Eichmann, principal responsable de la mise en œuvre de la «solution finale», plan d’extermination des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale, capturé à Buenos Aires en 1960 et jugé et exécuté en Israël.

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