Avec cette exposition, Gothiques, le Louvre-Lens, tout en délivrant la bonne parole de l’histoire de l’art rigoureusement présentée, classifiée et commentée, ne manque pas, espiègle, de s’aventurer là où son grand frère, l’empereur des musées nationaux, se garde bien de se risquer vers les sous-cultures les plus triviales. Mylène Farmer, la famille Addams, Gotham City (domaine de Batman), sans oublier les sœurs jumelles Christine et Thérèse Lipinski, agentes d’accueil au musée, mais aussi «figures emblématiques de la scène gothique régionale» selon leur employeur, ont trouvé place, sans l’avoir volée, à Lens, aux côtés des maîtres médiévaux du genre, Jean de Liège (1330-1381), Jehan de Beauce, architecte de la cathédrale de Chartres vers 1507, et d’une palanquée d’artistes, tous plus doués les uns que les autres, mais demeurés anonymes. L’ambition, parachevée, de l’expo est de suivre à la trace la persistance, les mutations, l’ubiquité et le succès de l’art gothique, de par le monde, du XIIe au XXIe siècle.
Dès lors, le pluriel dont se pare Gothiques à Lens n’est pas une coquetterie. Les gothiques débarquent ici en une meute d’œuvres bien rangées selon leur siècle et leur zone de création, mais qui, au fur et à mesure, se parent de nouveaux atours, plus inquiétants, plus tortueux, plus macabres ou plus réconfortants. Doctement appareillée (sous la direction de quatre commissaires), l’exposition déploie toutes les nuances du genre à travers les siècles. Il




